LE FIGARO.FR

March 7, 2017

 

Date : 7 Mars 2017

Journaliste : Guillaume Poingt

 

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FIGARO DEMAIN - Dans les Bouches-du-Rhône, des «boosters» arpentent les cages d’escalier des cités pour ramener les jeunes vers l’emploi. Cette expérimentation se présente comme une première en France. Explications.

 

Depuis quelques jours, un programme innovant - baptisé «Impact jeunes» - a vu le jour dans les Bouches-du-Rhône. L’enjeu de ce projet - doté de 4 millions d’euros sur trois ans et coordonné par les Apprentis d’Auteuil - est de toucher 3.000 jeunes de 15 à 30 ans dans trois cités: Félix-Pyat et Malpassé à Marseille, ainsi qu’une cité de Tarascon (Les Ferrages). Objectif principal? Ramener les jeunes de ces quartiers sensibles vers l’emploi.

 

«Ce programme est une alliance inédite entre le public et le privé à une échelle micro: la cité», explique Nathalie Gatellier, coordinatrice du projet pour les Apprentis d’Auteuil. Pour lancer ce dispositif d’accompagnement à l’emploi, il a en effet fallu mettre autour de la table une multitude d’acteurs publics et privés: Etat, collectivités territoriales, missions locales, chambres de commerce, entreprises, associations....

 

Le rôle central des «boosters»

 

«Notre objectif est de connecter le monde économique et la jeunesse», résume Nathalie Gatellier. Dans les quartiers concernés par le dispositif, le taux de chômage oscille entre 40 et 45% (contre 10,5% au niveau national). Tarascon, situé à 100 kilomètres de Marseille, est même la commune la plus pauvre des Bouches-du-Rhône. «Nous voulons mettre le paquet sur les jeunes de ces quartiers en panne d’opportunités et n’ont pas toujours les codes du monde de l’entreprise», poursuit Nathalie Gatellier.

 

Au coeur de ce projet novateur: les «boosters» («accélérateurs», en français). Ce sont des jeunes à cheval entre le secteur associatif et le monde de l’entreprise. Chaque «booster» est en charge d’une cité. «Mon rôle est decoordonner l’action de la mission locale et des associations de la ville», explique ainsi Ismaïl Rahaoui, booster auprès de la Fondation Auteuil - à Tarascon . «Il faut que tout le monde travaille ensemble», poursuit ce jeune de 24 ans, qui a grandi à Tarascon et a aussi créé sa propre société de cours particuliers à domicile.

 

Partir des besoins des jeunes..... et des entreprises

 

Une des missions d’Ismaïl Rahaoui? Aller au contact des jeunes et connaître leurs besoins. «Je vais dans les cages d’escalier, bloc par bloc, immeuble par immeuble, et je recense les jeunes qui ont des projets», détaille-t-il. Les projets individualisés des jeunes peuvent prendre différentes formes: recherche d’emploi, inscription au permis de conduire, remise à niveau scolaire, mise à disposition d’un réseau professionnel....

 

L’idée est d’orienter chaque jeune au bon endroit et de faire du «sur-mesure». «Chaque projet est différent mais mon rôle est aussi d’expliquer ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas, il faut garder les pieds sur terre», tempère toutefois Ismaïl Rahaoui.

 

Autre aspect essentiel de son travail, le jeune homme est chargé de démarcher des entreprises à l’échelle locale et nationale. Car sans les entreprises, le projet n’aurait pas pu voir le jour. «Il faut aussi partir des besoins des entreprises, certaines nous disent «on n’arrive pas à recruter sur tel ou tel métier»», explique Nathalie Gatellier. Il faut notamment convaincre les entreprises qu’il existe des talents dans ces quartiers.

 

«Le problème ici, c’est la mentalité des jeunes. Beaucoup n’osent pas sortir de la ville», poursuit Ismaïl Rahaoui. Le jeune homme explique fièrement avoir déjà trouvé des accords avec Adecco (une entreprise d’intérim) et Guintoli (une entreprise de travaux publics) sur la base du concept de «job academy»: les entreprises vont prendre des jeunes qu’elles vont former.

 

«L’objectif, c’est d’avoir de beaux parcours, de belles histoires, des jeunes qui gravissent les échelons... et de miser sur l’effet boule de neige! Il faut aussi avoir une attention particulière pour les jeunes diplômés de ces quartiers qui ne trouvent pas de solution», conclut Nathalie Gatellier.

 

L’expérimentation ne fait en tout cas que commencer.

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